Commentaires concernant la Conférence de Jean JOUZEL

Saint-Jean de Mont le 26 /02/2016

La salle du palais des congrès Odyssée était comble pour assister à la conférence sur le Réchauffement climatique « du diagnostic à l’action » de Jean Jouzel, vice- Président du groupement d’experts internationaux sur le climat (GIEC) de 2002 à 2015, et prix Nobel de la paix en 2007 avec Al Gore en tant que lanceur d’alerte sur l’urgence du climat.

La conférence comprenait 3 temps :

  1. L’exposé de Jean Jouzel (spécialiste mondial de la paléoclimatologie) a été très instructif mais assez ardu à suivre, basé sur les résultats des travaux du GIEC (5ième rapport à partir de la compilation de 20 000 études de 800 chercheurs internationaux). Ces travaux reposent sur l’élaboration de modèles mathématiques de climatologie au niveau mondial basés sur l’analyse de données depuis l’époque glaciaire à nos jours et conduisant à des scénarios tendanciels et contrastés plus ou moins pessimistes.

Le constat central des travaux est une augmentation du taux de C02 (effet de serre) depuis l’ère préindustrielle et son doublement prévisible d’ici la fin du siècle. La conséquence principale est une augmentation de la température de 0,3°C jusqu’ à 4,8 °C d’ici 2100 par rapport à la moyenne des années 1985-2005 (avec une probabilité forte entre 2 et 4 °C)

+ 0, 85°C depuis l’ère préindustrielle ; + 2°C en 2030 ?

Pour le GIEC, le réchauffement est quasi exclusivement d’origine des activités humaines (les facteurs d’origine naturelle –volcans, inclinaison de l’axe de la terre - sont négligeables…)

Les conséquences sont multiples et conduisent à des situations extrêmement préoccupantes voire alarmantes, à savoir pour un horizon 2050-fin de siècle :

  • Le relèvement du niveau des mers de 40 à 60 cm

  • La migration des climats de 70 km en latitude tous les 10 ans,

  • Le dérèglement climatique avec des événements extrêmes plus fréquents.

A noter, que des variations importantes sont à attendre par rapport aux prévisions moyennes selon les différentes situations géographiques (topographie, courants, densité des activités humaines,..), et des différentes régions du monde.

D’autres conséquences écologiques, humaines, et économiques sont évoquées :

  • Des problèmes sanitaires en hausse,

  • Une insécurité alimentaire exacerbée,

  • Des risques accrus de réduction de la biodiversité et l’extinction de nombreuses espèces,

  • Le développement de conflits et rivalités («  aggravation des facteurs classiques que sont la pauvreté et les chocs économiques » ; migrants climatiques…),

  • Notre modèle énergétique est à revoir (le réchauffement de 2° C implique une réduction de plus de 50% de nos émissions d’ici 2050 et devrait tendre vers zéro en 2100 !).

La COP 21 en Décembre 2015 à Paris a permis un accord sur le climat considéré comme historique : accord unanime de 195 états de limiter le réchauffement climatique à moins de 2°C avec une entrée en vigueur en 2020, et un suivi des engagements tous les 5 ans à partir de 2025.

Les modalités du financement estimé nécessaire de 100 Mds de dollars par an sont renvoyées à plus tard, ainsi que la détermination du prix du carbone…

Jean Jouzel reconnait que pas assez de choses ont encore été faites au niveau des Etats depuis les années 1990-2000 (en tout cas pas à la hauteur des enjeux) et qu’un retard certain dans la mise en œuvre est à constater…

Enfin, il convient de relever que le rapport du GIEC met en garde contre le coût économique de l’inaction (plus les gouvernements tardent et plus la charge sera lourde pour les générations futures).

  1. L’intervention /témoignages des patrons du Super U de Saint-Jean de Mont et de La Mie Caline

Bien qu’intéressant sur la façon de prendre en compte l’environnement dans les stratégies de développement durable de ces deux entreprises, le contenu des deux témoignages est apparu un peu en décalage par rapport à l’exposé (scientifique/académique) de Jean Jouzel.

Les exposés ont porté sur des exemples d’application dans ces entreprises en matière d’environnement et de RSE (Responsabilités sociétales des entreprises ; c’est à dire la prise en compte du développement durable dans l’entreprise) :

  • Extension du Super U de Saint-Jean- de Mont en zone de marais : mise en place d’un comité technique et scientifique pour une meilleure prise en compte de la problématique des eaux, propositions de maintien des écosystèmes et de la biodiversité, intégration des aspects bioclimatiques et énergétiques dans l’architecture et la construction des bâtiments,…

  • Les deux chefs d’entreprise ont développé leurs initiatives en matière de maîtrise de l’énergie, d’énergie renouvelable photovoltaïque, de tri et valorisation des déchets (y compris les déchets alimentaires), et de réduction des emballages ; initiatives également en matière d’organisation et de conditions de travail dans l’entreprise : meilleure implication des salariés dans les décisions, mise en place d’équipe projet ou groupe de suggestion d’amélioration, écoute des parties prenantes, etc..).

  1. Les questions du public

Une dizaine environ notamment sur la compréhension de l’exposé de Jean Jouzel .

Une question intéressante sur le choix énergétique de la France en matière d’énergie électrique d’origine nucléaire à 80% ;

Jean Jouzel a rappelé que l’énergie nucléaire était favorable sur le plan climatique car sans rejet de C02, mais qu’il convenait de reconnaitre que la suprématie de cette dernière a eu pour conséquence d’occulter le développement des énergies renouvelables en France qui a pris du retard par rapport à plusieurs pays de l’UE (alors que cette dernière était très bien placée, dès les années 1985, en matière de R&D solaire et biomasse, et que d’autre part l’on sait que le recours aux énergies renouvelables est nécessaire pour limiter le réchauffement du climat et respecter les engagements au plan international).

Conclusion

Jean Jouzel a souligné l’importance des enjeux climatiques pour l’avenir de nos sociétés et économies tant développées que celles en développement, et pour la planète entière.

Il a délivré un message d’optimisme en matière de potentialités de développement et d’innovation techniques, scientifiques et sociales, mais il n’a pas caché que beaucoup d’interrogations persistaient ou demeuraient sur la volonté et/ou la capacité effective des décideurs politiques et économiques à agir suffisamment tôt.

Patrice DEVAUX

Docteur-Ingénieur en environnement

15/03/2016